Et si l’on devenait tous des “public historians” ? (Richard Legay)

L’histoire publique, en tant que champ d’études à part entière, est en plein essor depuis quelques années. Si le monde anglo-saxon reste à la pointe dans ce domaine, d’autres pays comme l’Italie ou la France ne sont pas en reste. On peut par exemple noter la création du premier Master en France dédié à Histoire Publique à l’Université Paris-Est (lien ici). Bien entendu, l’histoire publique, en tant qu’ensemble de pratiques, est plus ancienne, mais on ne peut toutefois qu’apprécier le développement de telles études dans la matière, car elles favorisent la réflexion critique et encouragent l’engagement des historiens vers d’autres pratiques qui les mettent en relation avec une audience plus large et moins académique.

Le but de cet article est d’encourager chacun des membres de l’école doctorale transnationale à se pencher sur cette thématique d’histoire publique. Il semble important qu’aujourd’hui chaque historien soit à l’aise avec les enjeux de cette discipline, mais aussi avec un certain nombre de pratiques liées à ce domaine. Qu’il s’agisse de l’enseignement, qui concerne vraisemblablement nombre des membres de l’école doctorale, ou d’autres activités parallèles à la recherche, la plupart des historiens sont un jour ou l’autre confrontés à devoir parler de leurs travaux ou de leurs intérêts avec des personnes qui ne partagent pas nécessairement le langage ésotérique de la recherche historique. Il peut également s’agir de la tenue d’un blog de recherches, de collaboration avec un musée ou une institution culturelle ; les formes prises par l’histoire publique sont nombreuses.

 

Il y a dès lors un intérêt certain à maîtriser d’autres langages, d’autres formes de narration, que celles traditionnellement favorisées par le milieu académique. D’une part parce que l’on est alors plus à l’aise pour s’exprimer dans des cadres non-universitaires, mais aussi pour l’exercice intellectuel. En effet, travailler sur le format particulièrement court du tweet[1]Serge Noiret, “Public History with Tweets”, Public History Weekly, 22 June 2017est un exercice bien différent de celui de la rédaction d’une publication scientifique, tout comme les émissions de radio, les podcasts ou les documentaires relèvent de domaines variés et posent donc des problématiques totalement différentes. Travailler avec de tels formats et s’efforcer à s’exprimer à travers des formes nouvelles de narration oblige à sortir d’une certaine zone de confort, ce qui encourage un renouvellement des questionnements sur ses travaux.

Par ailleurs, l’historien formé aux enjeux de l’histoire publique est plus à même de poser un regard critique sur des projets qui y sont liés, qu’il soit du côté créatif comme du côté réceptif. Qui plus est, lorsqu’il est enseignant, il peut partager une partie de ces connaissances avec ses étudiants, qui peuvent cotoyer, en particulier à l’ère numérique, de plus en plus de projets d’histoire publique. C’est d’ailleurs dans cette optique d’entraîner de jeunes historiens en devenir qu’un cours en histoire publique numérique (en collaboration avec Anita Lucchesi) va être donné dans le Bachelor en Histoire de l’Université du Luxembourg[2]Anita Lucchesi & Richard Legay, Teaching Digital Public History: taking future historians outside the Ivory Tower, C²DH website, 8 May 2017.

Ainsi, qu’il s’agisse de se former à un domaine en plein essor, de s’essayer à de nouveaux types de narration, ou encore de se donner d’autres outils intellectuels que l’on peut partager avec ses étudiants, il apparaît que la maîtrise des enjeux et pratiques l’histoire publique est en passe de devenir une compétence essentielle et particulièrement pertinente pour tout doctorant en Histoire. Il s’agit toutefois d’un domaine qui se nourrit de pratiques de collaboration smilaires à celles employées au sein de l’école doctorale transnationale, ce qui en fait un cadre idéal pour les échanges et discussions sur ce thème.

Richard Legay, C²DH, Université du Luxembourg

References   [ + ]

1. Serge Noiret, “Public History with Tweets”, Public History Weekly, 22 June 2017
2. Anita Lucchesi & Richard Legay, Teaching Digital Public History: taking future historians outside the Ivory Tower, C²DH website, 8 May 2017